J'aurais beau dire ce que je veux, ça ne va pas mieux. Là par exemple, il est minuit, de la même façon, j'ai regardé l'heure lorsqu'il était 23h23, et puis 22h22. Mon téléphone remarche, je ne sais ni pourquoi, ni comment, ni pour combien de temps. J'ai reçu un message qui ne m'était sûrement pas destiné. Moi je n'ai rendez vous avec personne. Personne ne m'attend. Mais il fonctionne, et ça m'a fait un point dans le ventre. C'est con. C'est qu'un téléphone. Ce fut aussi notre dernier sujet de conversation. C'est con. J'ai vidé mon appareil photo, il me restait des films, et quelques photos, d'Avant. Parce qu'il y a un avant, et un après, des à ce moment là, et des depuis. J'suis même pas la seule à avoir pris l'habitude d'en parler. On m'en parle comme ça, comme si c'était normal, comme s'il n'y avait aucun risque, aucune plaie, aucun couteau à remuer. Pourtant, je vous assure le contraire. Vous me faites mal. Chacun à votre façon. Chacun sur votre sujet glissant. J'essayerais bien d'engager la conversation, mais où est ce que cela mènerait. Il ne me répondrait pas. Lui non plus. Et c'est la meilleure façon pour que je sois encore plus déçue, encore plus mal. J'ai au moins appris à ne plus rien demander. Même si au fond de moi, je brûle d'envie de savoir, qu'on me dise ce que je veux entendre.
